Coups de coeur arlésiens

Et si vous alliez en Arles cet été ? L’image par l’image vous propose ses coups de coeur au cours de déambulations non exhaustives lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles dont l’édition est intitulée « L’été des lucioles ». Une invitation à découvrir toutes les propositions photographiques, architecturales et artistiques en général, in et off le programme officiel, en place dans la belle ville d’Arles retrouvée avec bonheur.
Des photographies prises à la volée lors des expositions, conférences, débats proposés et aussi des découvertes dans les galeries de la ville, installées ou éphémères;  des photographies mais aussi du dessin ou des sculptures, des incitations à en voir encore plus, n’hésitez pas à vous faire plaisir au cours de l’été !

Le parti pris sera totalement subjectif, des images et peu de textes, et une demande de bienveillance pour les images dont la  plupart, prises à la volée, méritent d’être vues in situ ou avec les vraies images évidemment …..Nul doute que vous saurez faire la différence avec les images de presse ou les tirages. Toutes nos excuses aux artistes, galeries et bureaux de presse qui auraient pu nous les fournir évidemment sur demande…la volonté de partager vite a été plus forte …

 

 

Série « Borders » #23 © Jean-Michel André courtesy galerie Sit Down

Un coup de coeur absolu pour Borders, une série sans faute de Jean Michel André proposé par la Galerie Sitdown. Un récit autour de réfugiés. Des portraits universels  « qui résonnent avec des paysages de souffle et de silence comme autant de miroirs de leurs récits intimes ». Pas de pathos, rien de spectaculaire dans les situations, des images et des tirages magnifiques, des phrases écrites à la main sur les murs de l’exposition, tout est juste. Au -dessus de l’image ci- contre: « Quand la terre de l’enfance s’est consumée, ne reste que la débandade, un élan irrésistible qui des moque des périls. »

 

 

Des moments forts vécus cette semaine:

 

Ouverture des Rencontres, par Christoph Wiesner, le nouveau directeur dont le programme est un équilibre parfait, Patrick de Carolis, le nouveau Maire de la Ville et Roselyne Bachelot, la Ministre de la Culture dont les échanges étaient très prometteurs et joyeux.

 

 


La découverte de la tour de la Fondation Luma

 

 

 

 

 

Très attendue, son architecture audacieuse, dessinée par Gehry, est digne des grandes fondations d’art contemporain et son point de vue sur les jardins et les anciens Ateliers de la SNCF rénovés est inouï.

 

On y découvre de nombreuses oeuvres de la collection de Maja Hoffmann et sa famille dont les Nefretete de l’iconoclaste Isa Genzken, qui sonde avec humour les frontières de l’histoire de l’art, transformant ici les cultures de Nefertiti par l’ajout de lunettes de soleil contemporaines.

 

 

 

L’écrin du somptueux nouveau Museon Arlaten  présente l’exposition humaniste de Sabine Weiss, Une vie de photographe.

 

 

 

 

Cette toujours jeune photographe de 96 ans,  lauréate  du programme Women in Motion de Kering,  à l’humour incroyable a été fêtée au Théâtre antique lors d’une très belle soirée….

 

 

 

 

 

 

…au cours de laquelle la jeune lauréate de la Résidence BMW, Almudena Romero, a fait sensation avec la présentation de son panneau de cresson sur lequel elle imprime directement des photographies de famille. Une réflexion qui part de questions techniques de révélation de la photographie par la lumière sur des supports végétaux  vers une réflexion philosophique sur la transmission et le tabou du refus d’être mère.

Exposition The Pigment Change

 

 

 

 

 

 

 

Photographie de Dana Scruggs

Photographie de Renell Medrano

 

Découvrez l’univers très coloré et frais de  la jeune photographie noire africaine avec l’exposition New black Vanguard qui nous montre les liens entre mode et art.

 

 

 

On respire en voyageant dans l’ Orient Express, qui reliait Paris à Constantinople devenue Istanbul. Les images d’archives de l’ancienne Compagnie internationale des wagons -lits, nous semblent tellement éloignées de notre quotidien qu’on se prend à rêver de passer une nuit dans ces cabines de luxe et à fantasmer sur un dîner dans ce train de luxe mythique.

 

 

Exposition  » Puisqu’il fallait tout repenser »

 

Dans la série « A propos de deux corps », Vivian Galban interroge les frontières de la sexualité dite binaire, la relation entre corps et image féminine et la relation entre corps et image masculine.

 

Aline Motta documente dans son projet les conséquences d’un voyage qu’elle a entrepris en quête de ses racines. Série « Fondamentaux« , dernier volet d’une trilogie.

 

 

 

Soldats /Adi Nes

L’exposition phare de cette édition est sans conteste Masculinités qui nous fait réfléchir sur ce que signifie être un homme aujourd’hui. Un contrepoint très actuel à ces questions habituellement adressées aux femmes sur leur identité. Une enquête qui nous emmène des codes utilisés dans le cinéma et la mode pour représenter le masculin à Arthur Rimbaud (/ David Wojnarowicz) en passant par la série homoérotique « Soldats », les photos aux légendes lourdes de sens de Karen Knorr et celle si poétiques de Duane Michals pour n’en citer que quelques- uns.  

Semiotique gay/Hal Fischer

Men are interested in Power, Women are more interested in Service »/Karen Knorr

 

 

 

 

 

 

 

Duane Michals

 

 

 

 

 

David Wojnarowicz

 

 

 

 

 

Kiluana Kia Henda/ acte 1 de « Le dernier voyage du dictateur Mussunda N’zombo avant la grande extinction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un face à face très amusant et tout aussi  parlant de l’écrivain Ivan Jablonka lors d’une conférence de The Eye talks pour illustrer l’inversion des codes de la masculinité au cours des siècles.

 

 

 

L’artiste Smith, dont une image a été utilisée pour l’affiche des Rencontres d’Arles, expose la série incroyable Désidération au Monoprix, qui explore au travers d’une réfléxion philosophique profonde,  les transitions -genre, état, ère, plasticité, hybridations, mutations et travail du rêve-  et les porosités entre le cosmos et l’identité humaine. Laissez -vous porter entre regret de la perte des étoiles et désir de leur retour avec le personnage incarnant cette nouvelle mythologie, Anamanda Sîn. L’artiste est représenté par la Galerie Les Filles du Calvaire.

 

 

La Galerie Polka nous invite à une jolie conversation entre les univers de deux artistes, Claude Nori et Vincent Delerm 
« J’inventerai Rimini dans le Tarn-et-Garonne, Ancona en Bretagne, Napoli à Paris. J’écrirai des chansons pour ressembler à cette vie-là. À ces images. Je chercherai dans chaque été les étés de Claude Nori. » Vincent Delerm
« J’aimerais comme toi, cher Vincent, qu’une larme par ma voix et mes mots coule sur la joue d’une belle inconnue, lentement jusqu’à ses lèvres et qu’elle retrouve ainsi le goût salé de son amour d’été. » Claude Nori
Que dire de plus, sinon que leurs morts et leurs images nous ont charmés.

 

Amish- Lincolnville, Maine 2008

 

L’ Association du Méjeanprésente Américaines solitudes. Le photographe Jean-Luc  Bertini traverse les États-Unis et s’interroge sur la place de l’humain pris dans cet immense décor.

 

 

 

 

Femme de profil de Jean Marie Perier »Du coté de l’Amérique noire » a fait la couverture de Jazz magazine

 

 

L’exposition Jazz Power retrace deux décennies de la revue Jazz magazine dans les années 50, une occasion de retrouver des figures de légende et de réécouter quelques morceaux qui donnent envie de danser !

 

 

 

 

 

Johanna-Maria Fritz présente « Like a bird » Galerie Anne Clergue, elle capte l’existence d’acrobates dans des territoires musulmans depuis 2014. Une mise en lumière d’un aspect méconnu du « monde islamique, qui n’est défini ni par la religion, ni en aucun façon irréligieux » précise la commissaire de l’exposition Charlotte Schmitz.

 

 

Les tirages et le livre Senbazuru de François Laxalt sont une belle découverte Galerie Domus Reattu.
La légende  japonaise dit que celui qui fabrique un Senbazuru- origami géant, composé de mille grues de papier associées sur un fil.- peut faire un vœu qui sera exaucé par les Dieux. L’artiste s’est intéressé aux apparitions artistiques récurrente de sa vie quotidienne. Le résultat est très convaincant.  Et vous, quel sera votre rêve?

 

 

« Prends garde à la douceur des choses » est le titre de la délicieuse exposition de la dessinatrice, peintre et graveuse, Astrid de La Forest, Galerie Regala

Les encres de ses arbres nous ont enchantés.

 

 

 

La Fondation Swiss Life a annoncé la prochaine édition du Prix Swiss Life à 4 mans lors d’une conversation  autour du Bleu du ciel en présence des artistes photographes Edouard Taufenbach et Bastien Pourtout , une occasion de voir de nouveau s’envoler les hirondelles.

 

 

 

 

 

 

Et vous irez vous promener au jardin d’été pour découvrir les Portraits réalisés en Corée du Nord par  Stéphane Gladieu, avec une étonnante liberté.

 

Bonnes découvertes et bel été !

 

 

 

Carte blanche à Frédéric Delangle

Frédéric Delangle est un photographe connu pour ses travaux d’architecture et de paysage à qui l’image par l’image a déjà donné une carte blanche en 2019 suite à un travail de commande « Des sneakers comme Jay-Z » réalisé en duo avec Ambroise Tezenas pour l’association Emmaüs Solidarité à Paris.
Les images de sa série I shot the street prises en Inde pendant plusieurs séjours en résidence durant les 7 dernières années tombent à pic pour vous donner un avant -goût de voyage à l’issue de cette année de semi-confinement. Ces images prises dans la rue ont été classées, organisées par l’auteur pour donner sens et comprendre le chaos apparent des scènes photographiées.
Frédéric Delangle tel un conteur nous donne à voir une pièce de théâtre, un spectacle de la rue indienne qui va vous enchanter, nous n’en doutons pas. Il nous éclaire dans ses réponses à nos questions sur le processus de création d’un travail en résidence.

Frédéric Delangle a répondu aux questions de l’image par l’image

Qu’est-ce qui vous anime, pourquoi la photographie ?
La photographie s’est imposée comme mon moyen de communication privilégié. Elle fait émerger ma pensée et m’aide à appréhender le monde. Je suis tout simplement plus à l’aise avec l‘image qu’avec les mots pour percevoir mon environnement, structurer ma pensée et communiquer avec le regard.

Vous êtes connu pour vos travaux sur le paysage et d’architecture, est- ce ainsi que vous définissez comme photographe ?
J’aime remettre en question ma pratique en explorant de nouveaux sujets dans lesquels on ne m’attend pas.
Je peux ainsi réaliser des portraits avec une approche qui sera différente de celle d’un portraitiste, en utilisant par exemple la chambre photographique qui privilégie le temps long, luxe que peu de photographes se permettent aujourd’hui.

 Pourquoi cette série I shot the street ?
Lorsque mes sujets ne sont pas des commandes précises, je les choisis par goût ou attirance par une question.
I shot the street est venue d’une invitation à une résidence en Inde prévue pour 1 à 3 mois sans objet précis, à l’invitation d’un mécène propriétaire d’une chaine d’hôtels qui ne demandait rien d’autre qu’une vision différente de la vision touristique classique.
C’était une grande chance de pouvoir bénéficier de cette liberté rare.

 Est-ce différent d’une carte blanche et en quoi ?
Oui pour moi c’est très différent. Une carte blanche ne nécessite pas d’être dans un lieu particulier. Le commanditaire fait appel au photographe pour des idées nouvelles.
Une Résidence comme celle -là est beaucoup plus rare car elle n’oblige à rien et le travail de création a ainsi été total.
J’aime créer sur un lieu qui n’est pas mon territoire habituel, c’est une façon nouvelle d’appréhender mon processus de création et d’explorer un nouveau terrain de jeu.de l’appréhender. C’est aussi plus facile de photographier un lieu que l’on ne connait pas., que l’on découvre contrairement à un lieu fréquenté tous les jours et que l’on ne regarde plus.

 Pouvez-vous nous éclairer sur votre processus de création et leur réalisation ?
Je me laisse guider par ce que je vois et passe du temps à regarder avant de photographier.
Pour la série I shot the street, j’ai beaucoup photographié au téléobjectif, puis j’ai détouré, découpé et classé les différents éléments par séries, je les ai organisés comme une accumulation d’objets et de sujets pour comprendre le chaos que Gandhi qualifiait d’harmonieux afin d’en constituer plus de 150 planches de typologies différentes !
J’ai ainsi des séries de femmes habillées en noir ou en blanc, ou tout en couleur, des hommes en longui avec les nœuds à refaire toute la journée, des petites filles déguisées en princesses le dimanche sur les plages, les fleurs dans les cheveux. Les turbans sur l’épaule ou pour cacher leurs cheveux, les cheveux teints roux sacrés,  les castes Sadhus en deux roues, les eunuques, les Intouchables, les hommes politiques corrompus , la police, jeunes plus actifs, les plus anciens qui passent le temps aux carrefours, les mendiants, les transports sur la tête, sur l’épaule,  les transports des lampes, des chaises, les bouteilles d’eau, à vélo, en camion en deux roues en camions, des échelles, pousse- pousse pour des touristes ou / et des marchandises, individuels ou collectifs, triporteur à vélo, arrière ou avant, en moto, charriot à 4 roues, rickshaws de ville, électriques, de couleur selon les villes, les campagnes, les parcours, les cars, les camions. Les voiles des hommes et des femmes, les poux et les vœux qui expliquent les crânes rasés des femmes et des hommes, les selfies le dimanche en famille…. Toute une société en planches de photos.   

 Des expositions en préparation / des éditions?
Je travaille sur un projet de livre sur les gravures préhistoriques de la grotte de la Marche, représentant les premiers portraits de l’humanité.
J’ai également un projet d’exposition de Microshop à la médiathèque de Neuilly-sur-Marne en novembre prochain.

Qui est Frédéric Delangle? 

Né en 1965, Frédéric Delangle est diplômé du département photographique de Paris 8. Dès ses débuts, il s’est passionné pour l’urbanisme, le paysage et le portrait et développe un travail personnel à la chambre photographique ainsi qu’un travail de commande institutionnelle et d’architecture.
En 2001, il fait son premier voyage en Inde qui marque un tournant dans son travail et l’engage dans un projet de quinze années sur l’Inde contemporaine.
Il en propose une analyse à travers un décodage enjoué ; les différentes segmentations, urbanistiques et sociologiques du pays, font l’objet de détournements plastiques, notamment au travers de 5 séries aux formes hybrides Ahmedabad, Microshop, I shot the street, Stairway to heaven et Paris-Delhi. Au printemps 2017 la Galerie Binome présentait pour la première fois une rétrospective de ce travail avec l’exposition « Printemps indien » dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris 2017. En 2018, il expose également 5 séries indiennes au festival de la Gacilly.

En 2011, il co-crée France(s) territoire liquide, mission photographique sur le paysage français dans la lignée du projet de la DATAR, qui regroupe 43 photographes et développe sa série Paris-Delhi. Elle fut exposée à l’occasion de l’Année France-Colombie 2017 au Musée d’Art Moderne de Bogota et au Musée d’Antioquia de Medellin puis à la BnF dans l’exposition collective Paysages français, une aventure photographique.

En 2017, il expose sa série Venezia, la scomparsa à la Fondation Wilmotte pendant la Biennale de Venise, fruit d’une carte blanche confiée par l’architecte.

Hiver 2017, il collabore avec Ambroise Tézenas à la réalisation de portraits d’exilés dans le centre d’accueil d’Emmaüs Solidarité porte de la Chapelle, réalisés à la chambre 4×5 : Des sneakers comme Jay-Z. Ils présentent ce travail aux Rencontres d’Arles, à la Quinzaine Photographique Nantaise et à la Grande Halle de la Villette en 2018 et au Foam Museum à Amsterdam en 2019-2020.

Il travaille actuellement avec le Musée de la Préhistoire de Lussac- les-Châteaux sur des relevés photographiques de pierres gravées, représentant des figures humaines exceptionnelles, datant de la période magdalénienne
(-15000), en vue de réaliser un livre et une exposition.

Pour son travail de commande, il collabore très régulièrement avec des agences d’architecture, des urbanistes, des paysagistes et des sociétés institutionnelles parmi lesquels TOA Architecture, RH+, Eole, Paris Habitat, la SEMIP, RDAI, Louis Benech, BFV Architecture, Plan01, Atelier du Pont…

Il a participé également à une exposition collective à la Biennale d’Architecture de Venise en 2016 avec AJAP14. Il a répondu à l’invitation de Jean-Michel Wilmotte pour la réalisation d’une carte blanche sur la ville de Venise dont le fruit a été exposé à la Fondation Wilmotte pendant la Biennale d’art contemporain de Venise en 2017 et a fait l’objet d’un livre aux Editions Xavier Barral.

Ses photographies sont présentes dans des collections privées et publiques telles que le Cnap, la Bibliothèque nationale de France, le Musée Guimet.

Il est  représenté par Sabrina Ponti www.sabrinaponti.com

Ouvrages personnels

Ahmedabad, no life last night – Editions Fages
Coït – Editions Fages
Venezia, la scomparsa – Editions Xavier Barral
Des sneakers comme Jay-Z – Emmaüs Solidarité

www.fredericdelangle.com

https://www.instagram.com/fred_delangle/

 

 

La Galerie Thierry Bigaignon révèle « Le Bleu du Ciel » du duo d’artistes Edouard Taufenbach et Regis Campo

Lauréats de la 4e édition du Prix Swiss Life à 4 mains,  Edouard Taufenbach, photographe et Regis Campo, musicien ont imaginé un projet autour du vol de l’hirondelle, c’est l’histoire d’un voyage. Il part d’un souvenir d’enfance, de la musique de ces oiseaux dans le ciel et de leur rassemblement sur les fils électriques avant leur grand départ pour l’Afrique, annonçant la fin de l’été. Deux fois par an, des hirondelles traversent le Sahara et la Méditerranée pour joindre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.

Leur oeuvre, qui devait être révélée en novembre 2020  au salon appr oc he reporté reporté en raison de la crise sanitaire, sera enfin visible Galerie Thierry Bigaignon du 2 au 13 février. Un livre accompagné d’un CD est publié aux éditions Filigranes et accompagné ce travail magnifique.

Le Bleu du Ciel – cloud (c) Edouard Taufenbach

À partir du sujet de l’hirondelle, Édouard Taufenbach et Régis Campo cherchent à développer une représentation sensible du passage du temps, du mouvement, et des échanges et circulations au sein d’un espace. À l’échelle du vol, le mouvement des hirondelles dans le ciel est l’objet d’une fascination qui nourrit l’imaginaire. Les oiseaux semblent suivre une partition faite de ruptures, d’accélérations et de silences, dessinant des formes abstraites comme des signes à interpréter. Ce projet est une expérimentation au croisement des usages artistiques et scientifiques des médiums photographique et musical. Entre rigueur formelle et narration subjective, la recherche déploie une approche où l’hirondelle en vol figurant un vecteur de force, donne forme et matière à un insatiable désir de liberté avec le ciel pour perspective.

Le Bleu du Ciel – Partition

Sans jamais s’illustrer l’une l’autre, l’image et la musique se pourchassent, se dépassent successivement. Un exercice de voltige où la répétition de rythmes et de motifs, s’appuyant sur la composition de la musique itérative, dialogue avec la répétition d’images organisées. D’une case à l’autre, d’une mesure à l’autre, d’une hirondelle à l’autre, Le Bleu du Ciel dessine des espaces de liberté, construisant un sentiment de mouvement, de vitesse, de ruptures de lignes, si caractéristiques du vol des hirondelles.

Régis Campo et Edouard Taufenbach (c) Oan Kim

Les artistes, un duo intergénérationnel

Le photographe Édouard Taufenbach est né en 1988. Diplômé
d’un master II arts et médias numériques
de Paris 1 – Panthéon Sorbonne, il a déjà de nombreuses expositions personnelles à son actif. Il reçoit le prix coup de cœur du Festival Ici & Demain en 2014,
et est accepté en résidence à la Villa Médicis en 2019.
Il est représenté par la galerie Binôme à Paris, la Elizabeth Houston Gallery à New York, Spazio Nuovo à Rome, et l’Almanaque Fotográfica à Mexico City. Édouard poursuit un travail formel à partir de photographies. Il retravaille des images déjà existantes à la manière d’un monteur. Par l’accumulation, le cadrage, la juxtaposition et la répétition, il cherche à déployer le potentiel formel et fictionnel des images. L’obsession restant liée à l’activation du souvenir, à la réminiscence et à la sensation de mouvement.

Regis Campo, compositeur est né en 1968,. Il  étudie la composition auprès de Georges Bœuf au Conservatoire de Marseille. Il poursuit dans la classe de composition et de civilisations musicales de Jacques Charpentier au Conservatoire national de région de Paris. Il entre ensuite au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dans les classes d’Alain Bancquart et de Gérard Grisey, où il obtient son premier prix de composition en 1995. Dès 1992, il rencontre le compositeur russe Edison Denisov qui le considère alors comme « l’un des plus doués de sa génération ». De 1999 à 2001, il est pensionnaire à la Villa Médicis. Depuis 2003, sa classe de composition au Conservatoire de Marseille est un lieu de partage et d’ouverture à diverses esthétiques musicales. Son style, souvent qualifié de ludique et coloré, met l’accent sur l’invention mélodique, l’humour, la joie et une grande vitalité des tempos. Il est élu à l’Académie des beaux-arts, le 17 mai 2017, dans la section composition musicale, au fauteuil précédemment occupé par Charles Chaynes.

Cette quatrième édition du Prix Swiss Life à 4 mains, est placée sous le signe de l’audace, de la générosité et de la liberté, elle récompense une rencontre inédite entre photographie et musique.

Soutien actif de la création artistique depuis plus de dix ans, la Fondation Swiss Life a créé son Prix Swiss Life à 4 mains – Photographie & Musique, en 2014. Destiné à révéler ou valoriser des talents, ce prix artistique, unique prix photographie et musique en France, récompense un projet de création croisée et originale d’un photographe et d’un compositeur.

La Fondation Swiss Life a souhaité, pour cette édition, ouvrir la sélection des artistes au niveau national et faire vivre le prix sur deux ans.

Nathalie Martin (c) Patrick Swirc 2019

« De l’audace, il en faut pour associer deux talents, deux disciplines artistiques, et leur faire confiance pour produire une œuvre photographique et musicale en totale carte blanche, dont on ne sait rien au départ, ou si peu. De l’audace, il en faut également pour choisir de se renouveler et ne pas s’installer dans la routine de l’organisation d’un prix. La générosité, c’est offrir aux artistes les moyens financiers de réaliser leur projet. C’est aussi de donner à voir l’œuvre à un public varié par un programme de monstration varié. La liberté, c’est permettre aux artistes de s’exprimer et de créer quelles que soient les circonstances. Nous voulons donner du sens à l’engagement de la Fondation Swiss Life pour le soutien à la création artistique (…). C’est une œuvre poétique qui nous parle de liberté et d’envol, et pouvoir exposer, surtout en cette période, est pour nous un symbole très fort. « souligne Nathalie Martin, déléguée générale de la Fondation Swiss Life

Les lauréats ont été choisis par un jury d’experts : Quentin Bajac, Thierry Bigaignon et Aurélie Pétrel, pour la photographie; Étienne Blanchot, Thomas Enhco et Éric Tanguy, pour la musique; Patrick Le Bescont (éditions Filigranes)

Il a été accompagné par des conseillers artistiques de renom Emilia Genuardi et Elsa Janssen, directrices du salon a ppr oc he, pour la photographie; Olivier Bouley, fondateur du festival Les Pianissimes, accompagné de Pascal Cheynis, spécialiste musique de la Fondation Swiss Life.

Ecoutez  les artistes parler du projet avec la journaliste Sophie Bernard sur la chaine ArchipelTV

Un extrait musical (Rondini, addio al maestro (in memoriam Ennio Morricone), )musique composée, arrangée et orchestrée par Régis Campo

L’ ouvrage sous forme de leporello est paru aux éditions Filigranes, il est disponible ici.

Voir l’oeuvre sous réserve de l’évolution du contexte:
– Galerie Thierry Bigaignon, 9 rue Charlot, 75003 Paris, du 2 au 16 février, du mardi au samedi de 12h à 19h.
– Salon a ppr oc he, printemps 2021
– Musée de la Piscine à Roubaix : exposition du 28 mai au 5 septembre
– Rencontres dArles : événement pendant la semaine douverture du 5 juillet puis exposition
– Arrêt sur limage galerie à Bordeaux : exposition du 9 au 30 septembre

l’image par l’image accompagne le Prix Swiss Life à 4 mains depuis ses débuts 

Carte blanche à Dana Cojbuc


Rencontrée lors d’un Tête à Tête des Filles de la Photo organisé en zoom pendant le confinement, Dana Cojbuc a intrigué l’image par l’image par la poésie qui se dégage de la série « Conte d’hiver ».  Les images de ces paysages ou de ces personnages étaient bien là, la photographie témoignait de leur présence devant nous, mais quelque chose semblait irréel. Le dessin avait pris le relais d’une histoire et traduit l’imaginaire de la photographe pour l’amener vers des images inventées. Une métaphore de l’année 2021 qui s’ouvre après une année 2020 qui n’a ressemblé en rien à ce que nous avions imaginé.  L’image par l’image vous souhaite  » une bonne année, tout simplement ! « , sans emphase,  avec les images surprenantes et inspirantes de Dana Cojbuc.

 

Dana Cojbuc a répondu aux questions de l’image par l’image 

Quand avez-vous commencé la photographie ?
Vers 17 ans, j’ai eu l’appareil de mes parents, un Zenith, qui me servait à tout photographier autour de moi, toute chose qui m’intriguait. Nous n’étions pas nombreux, dans mon petit village au sud de la Roumanie, à avoir un appareil photo et, très souvent, les gens allaient se faire photographier dans une fête foraine par le photographe du village. Même decor, même mise en scène. Par la suite j’ai réussi à suivre des etudes à  l’école de Beaux arts de Bucarest, spécialité photographie.

Qu’est-ce qui vous anime ?
L’envie de montrer mes pensées en images, de transformer la réalité que je contemple, de la construire avec mes outils. Quand quelque chose suscite mon intérêt, je ressens l’enthousiasme qui m’envahit, et l’envie de tourner autour de cette chose autant de fois que nécessaire pour avoir la bonne image de cet instant.

Comment choisissez-vous vos thèmes photographiques?
La plupart du temps, je dois m’extraire du quotidien, revenir dans mon village natal en Roumanie, ou être dans un territoire inconnu, souvent en dehors du milieu urbain.
De forts souvenirs peuvent donner naissance à une série comme « Conte d’hiver » qui tourne autour de mon enfance. L’univers de mon village et les gens de là-bas son souvent la source d’inspiration de mon travail.
Contempler la nature et donner une vision propre de celle-ci, inspirée par les coïncidences, les rencontres impromptues.

Pouvez-vous nous éclairer sur votre processus de création et leur réalisation?
Une fois trouvé le point de départ qui peut être un lieu, une personne, un rituel, un détail je ressens comme une obsession, quelque chose qui ne sortira pas de mon esprit avant la réalisation des images, je construis une mise en scène. Leur cadre est souvent un lieu extérieur et elles sont réalisées avec peu de moyens.
Actuellement, j’expérimente la pratique du dessin pour accompagner la photo et dépasser le cadre de l’image.
J’aime l’idée de surprendre le réel par la photo, le continuer par le dessin et l’amener vers des images inventées.

Quelle est votre relation avec la commande photographique ?
Je ne réponds pas souvent à des commandes photographiques mais l’exercice de la commande m’intéresse. Répondre à un cahier des charges tout en gardant une identité visuelle à soi me paraît le plus important.

Des expositions en préparation / des éditions ?
Le contexte actuel n’est pas facile. En octobre 2020 j’étais invitée au festival Confrontations photo à Gex avec la série « Conte d’hiver », festival reprogrammé pour octobre 2021. Fin novembre 2020 la série « Conte d’hiver » devait être accueillie par Le Leurre, un espace d’expérimentation artistique à Granville.
Les images de la série « Conte d’hiver » sont conçues initialement pour un livre jeunesse, livre qui verra le jour en 2021, j’espère.

Née en Roumanie Dana Cojbuc vit  à Paris.
Diplomée de l’Université d’art de Bucarest, département de photographie et vidéo en 2003  et Diplomée de l’Université Panteio d’Athènes, département de communication et média en 2007. Elle a commencé la photographie à Ciolanesti, un petit village au sud de la Roumanie où, dit-elle, « les gens se côtoient en permanence, les rues sont vivantes et tu entends en continu le bruit des animaux.  Je n’y habite plus depuis longtemps mais sans cesse j’y retourne, comme attirée par la familiarité que je conserve avec ces personnes que je ne côtoie pas mais qui ne sont pas non plus des inconnus.
Dans mon travail, je construis des mises en scène qui propose au spectateur de s’évader du quotidien. J’essaie derrière le silence d’une image de faire entendre une respiration, sentir un mouvement ou déclencher un sourire.
Très inspirée par les coïncidences, les rencontres impromptues, les petites choses de la vie, je choisis des coins de nature pour raconter des histoires qui paraissent irréelles, non sans humour ou sans absurdité.
Actuellement, je suis attirée par l’univers de l’enfance. Le village est présent cette fois-ci en tant que décor pour un personnage de conte.
J’expérimente la pratique du dessin pour accompagner la photo et dépasser le cadre de l’image. »

Dana Cojbuc a participé récemment à une  masterclass, avec FLORE et Sylvie Hugues sous la coordination d’Adrian Claret, dont elle dit qu’ « elle a été l’expérience idéale pour moi qui sentais le besoin d’un chef d’orchestre pour avancer dans un nouveau projet.
Ne pas être seule ou hésitante pendant le processus d’un travail photographique est une vraie chance. » 

danacojbuc.net

 

Carte blanche à Elisa Moris Vai

 « Récit national », y a-t-il un sujet qui suscite autant de prises de position, de débats et provoque autant de réactions passionnées et d’importance que celui- là aujourd’hui , si l’on fait évidemment abstraction de la crise sanitaire et des élections américaines.
Le sujet est encore plus sensible  quand il est abordé par le biais de l’esclavage qui suscite là aussi tant de débats.
Elisa Moris Vai s’est intéressée avec sérénité et recul aux  héritages de l’esclavage au sein de l’hexagone.  L’artiste, interpellée par des portraits représentant les familles d’armateurs et d’industriels enrichis grâce à la traite et l’esclavage, a donné la parole à de jeunes descendants de personnes esclaves. Contactés grâce à une petite annonce, elle leur a demandé, afin de créer des diptyques, de poser dans le style des tableaux du 18 è siècle, et tels qu’ils sont aujourd’hui, ainsi que de s’exprimer dans des vidéos. L’œuvre interroge la légitimité des richesses déployées sur les peintures du 18è, et nous projette dans la réalité contemporaine des jeunes participants.
Le procédé choisi par l’artiste permet de poser les choses avec une certaine distance, loin de toute émotion et d’instaurer un dialogue sans manichéisme.
Cette vision douce et esthétique a donné envie à l’image par l’image de vous faire partager les images et les tranches de vie qui les accompagnent avec des images, des extraits d’entretiens et des questions à l’artiste sur sa pratique.

Elisa Moris Vai a répondu aux questions de l’image par l’image

Quand (et comment) avez-vous commencé la photographie ?
J’ai commencé la photographie grâce à mon grand-père. La photographie me démangeait depuis quelque temps déjà lorsqu’adolescente, il m’a donné son appareil et s’en est racheté un autre. Mon lycée disposait d’un labo où j’ai fait mes premiers développements et tirages. Car il s’agit d’argentique..

Qu’est ce qui vous anime?
Ce qui m’anime ce sont des problématiques sociétales, une réflexion sur notre société, que j’ai envie de transcrire dans des projets artistiques.  J’ai également une pratique plus quotidienne qui est peut être moins réflexive, mûe par la beauté, les émotions ressenties, tout simplement.

Comment choisissez-vous vos thèmes photographiques?
J’ai l’impression que les thèmes viennent à moi, et que je ne les choisis pas vraiment ! Au fil de mes lectures, écoutes, rencontres, des fils rouges surgissent, une idée peu à peu se dessine. Je l’approfondis ensuite par des recherches.

Pouvez-vous nous éclairer sur votre processus de création et leur réalisation ?
Une fois mon sujet en place, je commence par une phase approfondie de documentation. Cela passe par la fréquentation des œuvres d’autres artistes sur des sujets similaires, la recherche historique, la lecture.. J’envisage également l’esthétique du projet, je réalise des images tests que j’utilise pour affiner mon propos visuel afin d’arriver à un ensemble cohérent et capable d’interpeller le spectateur.
Dès le début du travail, j’envisage l’œuvre dans l’espace. En fin de processus de création, je choisis le papier sur lequel je vais tirer, en argentique ou en numérique. Pour moi l’œuvre s’envisage jusqu’à l’exposition, à l’édition.

Quelle vision avez-vous des marques aujourd’hui et de leur relation avec la photographie ?
La photographie est plus que jamais au cœur des campagnes des marques, qui ont su intégrer les différentes pratiques contemporaines. J’envisage la collaboration avec les marques comme un challenge passionnant, la chance de relier sa pratique à une ligne artistique forte et à des propositions qui sont l’occasion de se dépasser.

Sur quoi travaillez – vous en ce moment ?
Je travaille à faire connaître mon dernier projet, « Récit National », qui aborde les héritages de l’esclavage au sein de l’hexagone en donnant la parole à de jeunes hommes et femmes descendants de personnes esclaves. Je suis également en phase de recherches pour mon prochain projet.. mais chut !


©Florian du Pasquier

Elisa Moris Vai est une jeune photographe française née en 1988.
Après un Master en Arts du spectacle à l’Université Libre de Bruxelles, elle se perfectionne en photographie. Articulant son travail autour des questions de représentation, d’Histoire et de mémoire, elle fait s’entrecroiser l’individuel au collectif, l’ancien au moderne, pour mieux interroger le regard que l’on pose sur le monde. Sa démarche prend appui sur des recherches approfondies et s’inscrit à la frontière du documentaire et de la fiction.
Son travail s’exprime plastiquement via une grande variété de mediums.

Elle est récompensée pour ce Récit National par le Prix du jury, Photo Oxford Open Call 2020 (jury : Taous R. Dahmani, Dr Lena Frisch, Sian Davey..) –

Elle a participé à plusieurs expositions collectives en Angleterre (Oxford Photo Open Call, Ovada Gallery, Open20 Solo shortlist, Photofringe festival, Brighton, Angleterre, 3/10- 31/10/2020), aux Pays Bas (Futurama, Noorderlicht Festival, Museumpark Landgoed Oranjewoud, Heerenveen)  et en France, sous l’égide du Centre Photographique d’Ile de France,  Les Passerelles, Pontault Combault, France) en 2020

Publications
Atlas des bords, dir. Florent Meng, Centre Photographique d’Île de France, 2020

Extraits des Prises de paroles

Christelle

«Qu’est ce qu’être descendant d’esclave aujourd’hui ? C’est tout d’abord une grande fierté. C’est à travers notre histoire toujours se surpasser et persévérer face aux obstacles ; c’est d’inculquer aux générations à venir des valeurs solides et leur apprendre le vivre ensemble sans distinction de couleur de peau, d’origine ou de religion. C’est avant tout de montrer aux yeux de tous que nous sommes des descendants d’esclaves certes, mais que nous sommes bien plus que ça, nous sommes des êtres humains tous plus talentueux les uns que les autres, et qui souhaitent continuer à vivre dans le respect de chacun, tout en honorant ceux qui se sont battus pour que nous soyons ensemble aujourd’hui». Christelle (portrait de Une)

Jerôme

«L’esclavage trouve sa source dans l’asservissement et l’exploitation d’autrui, afin de satisfaire ses propres intérêts. Ceux qui subissent l’esclavage subissent souvent un déracinement et une perte d’identité (..) Les années ont passé, beaucoup de choses ont changé, mais il est je pense important que les descendants sachent et aient conscience de ce qui s’est passé, non pas pour se venger, mais pour se soigner, et faire en sorte que de tels événements ne se reproduisent pas. L’esclavage s’inscrit dans un engrenage assez vicieux qui vient nourrir le racisme, le fléau des temps modernes. Autrefois on luttait pour l’abolition de l’esclavage ; aujourd’hui, le défi concerne l’égalité au niveau des droits, mais surtout au niveau de la considération. On sent que c’est devenu le nouveau fléau, un véritable problème de société(..) S’exprimer à travers l’art, la musique, la littérature, mais également via le rassemblement et les réseaux sociaux, qui sont aujourd’hui devenus une véritable vitrine pour partager, s’exprimer, s’informer, sont tant d’initiatives qui chaque jour nous permettent d’avancer et de faire évoluer les choses».  Jérôme

 

Léa

« C’est pour moi très important de parler aujourd’hui, de m’affirmer aujourd’hui, d’accepter qui je suis. Je sais que c’est très dur de s’affirmer, de trouver qui on est quand on a plu-sieurs origines. Peut être pendant un temps on va renier une origine, enfin pour ma part ça à été comme ça j’ai renié une origine, et maintenant je suis là et je me dis que non, c’est Moi, c’est mon identité, j’ai deux origines, je dois les accepter, je dois les honorer, comme on peut dire, pour suivre et grandir en toute bonne humeur, toutes bonnes ondes». Léa

 

Lorenza

« Je suis descendante d’esclave. Oui, cette phrase peut surprendre venant d’une personne comme moi, à la peau blanche, aux yeux clairs, et vous devez sûrement vous dire que j’ai eu de la chance sur ce point, car je n’ai jamais été victime de racisme ou d’injustice comme ont pu l’être mes frères à la peau noire.  Mais les cicatrices de ce passé colonial sont tout de même bien ancrées en moi.
Petite, on me disait que je ressemblais beaucoup à une française, et que je ne venais pas de La Réunion.  Aujourd’hui à 20 ans, étudiante en Paris on me dit que je ne suis pas assez blanche pour être vue comme une française… J’ai longtemps essayé de comprendre, de me chercher, de trouver qui j’étais ; et cette identité, c’est à travers mes racines que je l’ai trouvée.
Mes ancêtres m’ont laissé une des choses les plus précieuses à mes yeux, le Maloya. Le Maloya musique des esclaves (…) Mon identité, c’est à travers la langue et à travers cette musique traditionnelle, que j’ai réussi à la trouver.
Et aujourd’hui je reprends avec joie les mots de Danyèl Waro pour vous dire :  « Je ne suis pas blanche, je ne suis pas noire, je suis de la nation des franbatards ». Lorenza

L’image par l’image a découvert le travail de l’artiste lors d’un « Tête à Tête » organisé  par Les Filles de la Photo , premier réseau professionnel féminin  de l’écosystème de la photographie.