Carte blanche à Isabelle Chapuis

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Coton, fumée, poudre, givre, barbe à papa, végétal… autant de matières que l’artiste Isabelle Chapuis réinterprète dans son travail photographique.

En passant devant la Galerie Bettina, fin 2015, j’avais été saisie et touchée par les images produites par Isabelle Chapuis avec Duy Anh Nhan Duc,  le plasticien végétal, pour une collaboration complice et créative dans l’exposition Féminin Singulier.
Son intervention au Musée du parfum qui vient d’ouvrir à Paris est une occasion de partager son travail inspiré par le corps et la matière.  En recherche constante de métamorphoses organiques, l’émotion est le moteur de sa démarche créative et l’humain se situe au cœur de son travail. Elle met en scène, sublime et invente des images à la limite du fantastique pour mieux se connaître ou nous entraîner dans un univers onirique qu’elle crée seule ou en collaboration avec des chorégraphes ou plasticiens.

« Devant une image, je ressens des sons, un mot s’associe à une couleur, c’est ce que l’on appelle la synesthésie. C’est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. La plupart du temps les images qui me touchent le plus sont celles qui m’évoquent le silence, qui procurent une sensation de légèreté, d’apesanteur. » commente l’artiste

Isabelle Chapuis a répondu aux questions de l’image par l’image

Quand avez-vous commencé la photographie ?
Après des études en Arts Graphiques à l’ESAG Penninghen, c’est la direction artistique de l’image qui m’a amené à la photographie, il y a une dizaine d’années. J’aime la photographie pour ce rapport à l’instantané, où le temps semble suspendu. Cependant je ne vois pas la photographie comme une finalité, c’est un outil qui me permet de capturer une création éphémère et lui donner une forme pérenne.

Qu’est ce qui vous anime?
Je suis touchée par l’humain, l’émotion étant le moteur de ma recherche, le portrait et l’exploration du corps s’inscrivent au cœur de ma démarche. Le rapport à la peau, aux cheveux, et plus largement à toutes les matières organiques, m’inspirent énormément. Ces textures m’évoquent le cocon, lieu où toutes les transformations peuvent s’opérer. Cette même transformation que je cherche à titre personnel dans une quête de la connaissance de soi.

Comment choisissez-vous vos thèmes photographiques?
Mes choix photographiques naissent de cette fascination pour les matières organiques. Quand une texture m’interpelle je commence alors à la manipuler, à expérimenter des formes, à détourner son utilisation première.

Pouvez-vous nous éclairer sur votre processus de création et leur réalisation ?
Dans un premier temps je fais beaucoup de recherches. Puis je dessine les mises en scène que j’imagine, j’écris, je pose des mots, enfin je constitue des planches d’intention pour chaque aspect du projet : couleur, modèle, cadrage, lumière, attitudes, maquillage, coiffure, stylisme, fonds, etc. Ces planches sont ensuite des outils de communication pour exprimer ma vision aux personnes qui feront partie du projet.

J’accorde une très grande importance au choix de la personne qui pose. Je trouve principalement mes modèles dans le quotidien. J’aime travailler avec des personnes qui n’ont pas un rapport professionnel à leur image; derrière l’objectif l’authenticité qui se dégage de ces personnes me touche beaucoup. Générer un contexte bienveillant pour laisser au modèle l’espace de s’ouvrir sereinement et progressivement est toujours une aventure humaine. Et puis aller spontanément vers les gens dans la rue selon mes coups de cœurs, est source de rencontres enrichissantes.

Vous effectuez aussi des commandes, quelle est votre relation avec cette pratique ?
La commande est source d’apprentissage car elle comporte des contraintes et m’invite à explorer des domaines vers lesquels je n’irais peut être pas par moi-même. Cependant cela doit rester équilibré, en terme de temps passé entre les projets personnels et les projets de commandes, ma priorité étant le développement artistique. Ce sont d’ailleurs mes travaux artistiques qui m’apportent des commandes de qualité.

Aussi, les commandes ont un cadre puisqu’elles sont motivées par un commanditaire, à l’inverse des projets personnels. Il est parfois confortable de se joindre à un mouvement déjà existant, au lieu de le fonder de toute pièce, comme c’est le cas des projets personnels.

Quel est votre enjeu en tant que photographe quand vous faites un travail de commande pour une marque ?
Il s’agit de bien comprendre l’attente du client et de faire des propositions pertinentes, tout en gardant mon écriture personnelle.
Depuis le mois de juillet 2016, j’ai eu la chance de travailler avec le Grand Musée du Parfum qui vient d’ouvrir ses portes à Paris, pour lequel j’ai réalisé plusieurs créations, dont certaines sont entrées dans la collection permanente du musée.

Quelle vision avez-vous des marques aujourd’hui et de leur relation avec la photographie ?
On voit des marques qui innovent et communiquent avec un discours artistique. Ce sont pour moi les publicités qui sortent du lot, qui retiennent mon attention. Je trouve très fort les marques qui génèrent des collaborations sur le long terme avec un créateur. Associer une marque et un univers artistique singulier, c’est gagnant pour les deux!

Et puis il y en a tant d’autres marques qui ont envie d’aller vers un renouveau mais qui n’osent pas la créativité. Le climat économique actuel nourrit la frilosité et cela est frustrant en tant que créatrice d’images.

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Des expositions?
Ces derniers mois ont été riches en expositions, de la France aux Etats-Unis en passant par Hong Kong, l’Italie et la Suisse. Fin 2016, l’Ambassade de France à Pekin m’a invité à prendre part au 3ème mois Franco-Chinois de l’environnement. Les séries DANDELION et ETAMINE, réalisées avec le plasticien végétal Duy Anh Nhan Duc, ont été exposées simultanément dans 5 villes de Chine : Pekin, Changsha, Guangzhou, Shenzhen et Dalian.

Sur quoi travaillez – vous en ce moment ?
Je travaille actuellement sur deux projets, l’un en Corse et l’autre au Congo.
En parallèle de mon travail personnel, je développe une série avec le photographe Alexis Pichot, spécialisé dans la photographie d’architecture de nuit. Pour cette série, intitulée Blossom, à la rencontre de nos deux univers, nous créons des mises en scène au sein de paysages urbains ou de nature, où matière et espace dialoguent ensemble.

En mai prochain, nous sommes invités par la Ville de Bonifacio en Corse en vue d’une résidence, qui aboutira sur une exposition durant tout le mois d’août au sein de la Chapelle Saint-Jacques à Bonifacio.

 

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Après un master en Arts Graphiques à l’Ecole Supérieure d’Arts Graphiques ESAG-Penninghen, Isabelle passe quelques années à l’étranger où elle s’inspire d’autres réalités.
De retour à Paris, elle remporte deux prix qui la font connaître du grand public : le Prix Picto en 2010 puis la Bourse du Talent en 2012. Son travail est régulièrement exposé dans les galeries et institutions, notamment à la Bibliothèque Nationale de France, au Grand Musée du Parfum et à la galerie Bettina à Paris, ainsi qu’au Centre d’Art Contemporain du Chateau des Adhémar à Montélimar ou à l’Espace Snap aux Etats-Unis.
En Asie, à la Galerie Paris 1839 à Hong Kong et ces derniers mois en Chine où elle exposait au sein du mois Franco-Chinois de l’environnement dans 5 villes : Beijing, Changsha, Guangzhou, Shenzhen et Dalian.

Les images de la Carte blanche sont issues de deux séries:
Rituels est un projet écrit et réalisé par Isabelle Chapuis, Axelle Lagier et Julien Gaillac. Produit par Motionorama. Depuis décembre 2016, cette série est entrée dans la collection permanente du Grand Musée du Parfum à Paris.
La série Voyage Olfactif a été réalisée par Isabelle Chapuis et Alexis  Pichot.

Contact:  http://isabellechapuis.com/

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