Carte blanche

Carte blanche à Julien Chapsal, l’été en hiver !

Julien Chapsal photographie « à l’ancienne ». Il ne fabrique ni ne retouche ses images. Le temps semble suspendu, les scènes sont atemporelles. Peut être est-ce parce qu’il prend lui même le temps de regarder, de cadrer la situation qu’il nous propose et puis la fige. Les références du photographe sont celles de la peinture, de la littérature et de la photographie. Il cite pêle- mêle Edouard Manet, Edward Hopper, Marguerite Duras, Henri Cartier-Bresson. Qui rêverait de meilleurs inspirateurs ?

La seule perspective d’un peu de lumière au creux de cet hiver pourrait suffire à expliquer le choix des photos de Julien Chapsal pour cette Carte blanche… mais évidemment ce n’est pas une raison satisfaisante. Ce qui nous plaît c’est la simplicité du regard du photographe, ses images inspirées des peintres classiques.Nous avions approché son travail en 2010 à l’occasion de l’exposition collective « France 14 » qui accompagnait celle de Raymond Depardon sur l’état de la France. Il nous avait emmenés dans les zones pavillonnaires qui envahissent nos paysages avec un regard purement documentaire.

Julien Chapsal a répondu aux questions de l’image par l’image 

L’été, c’est un sujet très ouvert et presque éculé. Qu’est-ce qui vous a conduit à faire ce travail et quelle a été votre démarche ?

Mes propres souvenirs en tête, j’ai souhaité photographier simplement les gens en vacances. Représenter des scènes typiques, avec une attention particulière aux postures, aux gestes, aux attitudes. Révéler aussi, parfois, une forme d’étran­geté. Pas tant dans le souci de documenter mon époque. Plutôt celui de produire des images picturales, atemporelles. Des images où chacun pourrait se retrouver. En un mot, des tableaux d’été.

Il m’a plu de travailler presque… à l’ancienne : utiliser des films, au moyen format, et figer sur le vif l’instant où chaque élément va prendre place dans le cadre, à une époque où ce type d’images, prises par un(e) autre de ma génération, serait plus souvent le résultat de mises en scène ou de montages numériques. Ce défi de la prise de vue et la jouissance qui l’accompagne font partie intégrante de ma démarche.

Comment ce travail s’inscrit-il dans votre parcours ?

De 2007 à 2010, j’ai parcouru la France dans le cadre du projet « France14 », qui a donné lieu à une exposition aux Rencontres d’Arles puis à la Bnf. C’est l’étalement urbain qui a retenu mon attention : les zones pavillonnaires et commerciales en périphérie des villes.

Cette expérience m’a donné envie de travailler à nouveau dans mon pays, tant sur l’espace que sur l’humain, toujours au 6×7, et en couleur. Il s’agit d’un projet très ouvert, qui m’amène à réaliser pendant plusieurs années plusieurs séries ou ensembles d’images, à la fois autonomes et complémentaires, je préfère dire en France, plutôt que sur la France. J’ai par exemple commencé à travailler sur les lieux d’histoire, et m’apprête à photographier des scènes du quotidien, comme je l’ai fait l’été, mais dans d’autres contextes. Il s’agit de plus en plus d’une recherche formelle, picturale, plutôt que strictement documentaire. A l’issue du projet ne restera peut-être qu’un nombre réduit d’images, qui, articulées ensemble, feront sens.

Mais d’ici là, j’espère tout de même exposer « L’été » !

Vous n’avez jamais travaillé pour une entreprise ou au service d’une marque. Seriez-vous prêt à le faire et quels en seraient les enjeux ? 

J’ai revendiqué depuis mes débuts de ne travailler que sur des projets personnels, indépendamment de toute préoccupation économique, en parallèle d’un autre métier. Aujourd’hui, je suis plus ouvert. Je serais curieux de l’expérience, si c’était pour une entreprise dont j’apprécie l’activité, et si elle était appréhendée des deux côtés comme un véritable dialogue, jusqu’à propos de la manière d’exploiter les images. Dans un registre à la fois proche et distinct, je ferai pour la première fois cette année l’expérience d’une résidence, qui m’est proposée en milieu urbain, pour une exposition (il s’agit de travailler dans un quartier dit sensible de Toulouse, pour la Galerie du Château d’Eau). Si je n’en ai pas eu l’idée moi-même, j’y vois une opportunité précieuse de développer mon travail, un nouveau terrain, un nouveau point de départ. Et je suis persuadé que d’autres me permettraient d’avancer, peut-être même un peu plus vite. Ce type de confrontation à soi-même, via un commanditaire ou un hôte, me semble enrichissante si la contrainte permet de faire avancer sa propre recherche.

Né en 1977 à Paris, Julien Chapsal obtient une Maîtrise de lettres modernes en 1998 et un DEA d’anthropologie visuelle en 2001. Il travaille comme chef de projets culturels pour Tendance Floue (2003), puis pour Magnum Photos (2003-2010), avant de se consacrer principalement à ses propres travaux photographiques, qu’il mène depuis 2001 déjà dans la perspective de l’exposition et l’édition.

« L’été » a été finalisé en 2012 grâce au soutien du Centre national des arts plastiques (Fonds d’aide à la photographie documentaire contemporaine) du Ministère de la Culture et de la Communication.

www.julienchapsal.com

@Julien Chapsal

 

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